Geoges FEYDEAU

     2 pièces en  1 acte : 

-  Feu la mère de Madame

- Mais n'te promène donc pas toute nue

 

 

mise en scène      Bob VILLETTE   

       avec : 

Clément BELHACHE, Catherine  CAZORLA,   Agnès  DEWITTE,

 Stéphan  JONES, Alexandre FOURNIER   et    Bob  VILLETTE

a  été  créé   les :   

8-10 Octobre 2004 - Espace Aragon - OISSEL

 

 

   Spectacle FEYDEAU

Deux pièces en un acte

 

Comme Georges Feydeau lui-même étudiait avant chaque écriture nouvelle quel était le genre, -du monologue, de la pièce en un, deux ou trois actes-, qui correspondrait le mieux au lieu théâtral auquel elle serait proposée, au public habitué à ce lieu, il m’a semblé judicieux d’envisager la création de quelques unes  de ses comédies pour la saison 2004.

 

« Parcours d’exilés » de Bertolt Brecht a succédé à « Sacha Guitry en trois pièces », crée en 2002. Le spectacle Guitry finissant sa tournée en décembre 2003, il m’a paru important de continuer à offrir au public un choix de formes théâtrales en conservant à notre répertoire, au moins une comédie, pour la saison 2004-2005.

 

Après ses deux confrères du genre, Labiche (créé par la compagnie en 2000) et Guitry (de même en 2002), Georges Feydeau donc.

L’écriture de Georges Feydeau est empreinte d’une datation qui, si elle n’était décodée aux sens du spectateur, perdrait de son impact et de son actualité. Si le milieu dans lequel il fait évoluer ses personnages est celui d’une bourgeoisie nantie assez lointaine des préoccupations du spectateur actuel moyen, les mœurs qu’il dépeint font un écho intéressant du passage de ceux de notre siècle XXème passé à notre présent XXIème, de même que Feydeau, traversait, d’un siècle à l’autre, du XIXème au XXème.

Les deux pièces retenues font partie du dernier cycle de l’auteur, pièces plus proches de nous par leur écriture et leur propos.

              

 
 
Georges FEYDEAU
(1862-1921)

 

                                                                  Georges Feydeau partage avec Sacha Guitry cette particularité d’avoir eu un père célèbre dans le milieu littéraire ou artistique, et d’avoir fréquenté dès son plus jeune âge des sommités en la matière. Ernest Feydeau, le père, était lié à Gustave Flaubert, les frères Goncourt, Théophile Gautier, pour ne citer qu’eux. Et Georges, le fils, côtoyait ces personnes au quotidien, comme un fait naturel,  de même que Sacha, le fils Guitry, dans son jeune âge, allait souvent jouer avec les enfants Feydeau, les enfants de Georges. Cercle culturel parisien héréditaire, en quelque sorte. Rien de bien étonnant, si Georges, - comme Sacha plus tard-, commence à écrire dès l’âge de 7 ans des pièces de théâtre, genre tenté sans succès par son père.

 

                                                             Georges, le beau Georges, avec sa gueule d’ange, apprend tôt de la vie. Apprendre à dominer son entourage (ses parents comme sa sœur cadette, son souffre douleur), apprendre la ruse (son assiduité à écrire des pièces de théâtre n’étant à l’origine qu’un subterfuge pour échapper aux leçons), apprendre de sa mère la violence avec les sévices corporels, apprendre la solitude quand il se sent exilé en pension, apprendre de sa mère aussi le mensonge, la trahison et l’humiliation, quand le tout Paris se gausse des amants maternels et que seul, Ernest Feydeau, le père, semble ignorer son état de cocu. Un doute planera toute son existence et plane encore sur la paternité réelle d’Ernest Feydeau. Georges serait-il le fils du duc de Morny, voire même de Napoléon III; ce ne furent pas seulement des ragots mais des probabilités, selon ses biographes.

 

                                                                  Le théâtre semble être pour Georges un exutoire ; il est acteur et auteur. Il fonde avec des amis lycéens une association pour créer des pièces de théâtre, dont celles du jeune auteur Georges Feydeau. Il considère dès le début l’écriture comme une profession, cernant très tôt le genre qu’il peut servir au mieux, - le vaudeville, malgré son penchant originel pour le drame, sachant répondre aux propositions d’ancien ami lycéen maintenant jeune directeur de théâtre, pour en assumer avec lui l’administration, étudiant le genre dans lequel il s’est spécialisé, le vaudeville, en lisant ses prédécesseurs, comme Alfred Hennequin, pour en comprendre la qualité des ressorts, variant son œuvre (monologues, pièces en un acte, pièces en trois actes), pour être joué dans tous les théâtres et, variant ainsi ses publics, gagner en notoriété… Le lycéen farceur continue ses farces mais avec cartésianisme.

 

      

Le succès pourtant joue les Arlésiennes et sa situation financière est des plus catastrophiques.. En 1892 enfin, dix ans après ses débuts, « Monsieur Chasse » est très bien accueilli de la critique ; puis « Champignol malgré lui » remporte un triomphe la même année.  Les succès se succèdent alors. Georges Feydeau est déjà intégré à part entière dans le cercle culturel et rencontre chez Lucien Guitry, Anatole France, Edmond Rostand, Octave Mirbeau, Alfred Capus, Jules Renard, Alphonse Allais. Probablement grâce à l’intervention d’Alexandre Dumas fils, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

Le triomphe de « La Dame de chez Maxim » lui permet pendant deux ans de se consacrer exclusivement à un autre de ses arts : la peinture. Mais Georges Feydeau adore acheter des œuvres d’art et, comme son beau-père, jouer au casino. Trois ans plus tard, acculé par des nécessités financières, il doit vendre sa propre collection composée d’œuvres de Boudin, Corot, Cézanne, Monet, Renoir, Sisley,…). Se succèdent les échecs,  les succès (« la main passe », « la puce à l’oreille », …).

Georges Feydeau est élu vice-président de la S.A.C.D. de 1912 à 1914,  est nommé Officier de la Légion d’Honneur en 1913, est membre du jury du Conservatoire d’Art Dramatique de Paris en 1916 et 1918.

                   Hors cela, un mariage en 1889, la naissance de quatre enfants, une fille en 1890, trois fils en 1892, 1900 et 1903. Mais Georges est beau, et terriblement séducteur. Quinze ans de compromis puis : séparation de biens des époux en 1904, séparation des époux en 1909, divorce prononcé aux torts de Georges Feydeau en 1916,  la garde des enfants étant confiée à la mère. Commencée par sa mère, continuée par la mère de ses enfants, le paysage féminin de Georges Feydeau peut se résumer ainsi, tel qu’il transparaît dans son œuvre, acide et réducteur.

Trois ans plus tard, en 1919, Georges Feydeau tombe amoureux du cinéma avec « Charlot soldat » et envisage l’écriture d’un scénario, qui restera à l’état de pensée. Des troubles psychiques l’obligent à entrer en sanatorium. Deux ans plus tard, en 1921, il meurt ; il a 59 ans.

 

 Georges FEYDEAU (1862-1921)

                   

                                                             

« Feu la mère de madame »

« Mais n’te promène donc pas toute nue  »

 

 « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non, la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. »

Don Juan – Acte I Scène 2

Deux pièces sont retenues dans cette œuvre :

·    « Feu la mère de madame » créée en 1908, année qui précède sa séparation de corps d’ avec sa femme ; Georges a 46 ans et près de vingt ans de mariage derrière lui.

·  « Mais n’te promène donc pas toute nue » créée en 1911 cinq ans avant la prononciation définitive du divorce.

 

Dans ce laps de temps, Feydeau aborde un tout autre style.

Ce ne sont pas ces pièces de poursuite, d’amant caché dans le placard et de « ciel mon mari ! ». Ces pièces là évacuent le troisième larron et réduisent le terrain à un seul champ de bataille : le couple.

 

Dans la première pièce « Feu la mère de madame », Georges Feydeau, qui n’a pas encore divorcé, narre toutes ces acidités du quotidien, ces horreurs qu’on se lance à la tête.  Yvonne et Lucien  ne sont pas mariés depuis deux ans. Et déjà, lui,  a besoin de retrouver ses « sensations d’art » au dehors, pense gestion du patrimoine et remboursement des factures, dès qu’il entend parler décès dans la famille. Elle, est aigrie, agressive, et souhaite à toutes forces qu’on lui mente sur son physique et le désir qu’il a d’elle.. Croire, continuer à croire à toute force, que le temps n’est pas passé par là. Alors, la Grande Faucheuse passe. Et c’est encore pour faire rire. Jaune.

 

Dans la deuxième pièce, « Mais n’te promène donc pas toute nue », Georges prend du recul. Divorcé depuis deux ans, il a retrouvé sa vie de célibat, et commence à pouvoir parler avec humour, détachement - et une tendresse, peut-être, - de cette vie de couple, débutée par des dialogues d’amour et finissant par des scènes de ménage.  Clarisse et Ventroux  sont mariés depuis plus de treize ans, ont eu le temps de se connaître et d’entériner toutes leurs petites habitudes. Elle, traîne en chemise devant leur fils et les domestiques. Lui, homme politique en devenir, ne voit plus dans cette chair mise à nu publiquement, qu’un capotage potentiel de carrière.

 

 

D’un siècle à l’autre, les moeurs ont considérablement évolué. Au XIXème siècle et  ses « coups de couteau » tacites dans le contrat de mariage, de la mondanité et du luxe d’avoir sa maîtresse ou son amant, comme on a son chien ou son canari,  le XXème siècle a apporté la notion de mensonge, de cacherie : rien n’est changé, au fond, mais tout est tu. Arrive le XXIème siècle et la génération nouvelle, qui dressera des mœurs nouvelles, probablement plus prudes si l’on en croit les premières études faites. Il est vrai qu’un paramètre colossal est passé par là : le sida et son épidémie endémique.

Feydeau se livre à une étude de l’usure du quotidien, du rejet du vieillissement,  étude de l’incompatibilité d’humeur chronique entre mâle et femelle, sait-on ?... 

 

« Tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. » Molière, toujours.

 
 
P   R   E   S   S   E

  

LA DEPECHE

Coup de brosse sur

le couple actuel

avec Georges Feydeau

 

Samedi, la salle des fêtes de Breteuil-sur-Iton accueillait le théâtre de Feydeau à l'initiative de l'asso­ciation municipal culturelle et de son président, Jean-Luc Mespoulet. Ce dernier eut l'idée heureuse de faire venir un grand nom du théâtre actuel, en la personne de Bob Villette et sa troupe de comédiens de la Comédie Errante.

Deux pièces étaient au programme : Feu la mère de Madame

et Mais n'te promène donc pas toute nue.

 

Après avoir collaboré à la naissance et la première décennie de l'existence du Théâtre des Deux rives à Rouen, Bob Villette a créé en 1982, La Comédie errante, vivier de comédiens avec lesquels il entame un parcours de création et de recherche sur l'art théâtral, relayé entre autres par le CNRS et le Centre national du théâtre.

 

Conseiller artistique, comédien, metteur en scène, formateur et auteur,

Bob Villette varie à plaisir ses fonctions, livrant à la troupe le meilleur de sa créativité.

 

Samedi, le public bretolien a su apprécier le talent de la compagnie grâce à une mise en scène intelligente et un jeu d'acteur exceptionnel.

 

PARIS NORMANDIE

 Euphorie  dans  la  traverse

 

C’était formidable ! s'exclame un spectateur. Cela faisait longtemps que ma femme n'avait pas ri comme cela, poursuit-il…

 

Deux cent soixante-douze personnes ont assisté à deux pièces de théâtre :    « Feu la mère de Madame» et « Mais ne te promène donc pas toute nue », de Georges Feydeau, présenté par la Comédie Errante, à la Traverse de Cléon, dimanche après-midi…

 

J'ai choisi ces deux pièces de Feydeau, car elles étaient les plus modernes, les plus représentatives des scènes de ménage aujourd'hui, explique Bob Villette, metteur en scène des deux pièces…

   
       
       

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