L'ACTU »»

SOUS  LE  MASQUE

 

 
 

LIBERTE  DIMANCHE

 

DIMANCHE 12 OCTDBRE 2008
 

Bob Villette, mercredi dans sa salle à manger, devant le masque

qui a servi aux décors du controversé « A Dieu vat » en 1995

 

 

TETE  A  FARCES

COMEDIE

 

Mais à quoi peuvent bien servir théâtre et comédiens ? A Oissel, le metteur en scène Bob Villette

et sa « Comédie errante » tentent

d'y réfléchir sérieusement depuis plus de vingt-cinq ans. Enfin presque. Itinéraire d'un enfant joyeux.

 

   

BIO EXPRESS

Né le 17 septembre 1949

à Rouen

Bac philosophie Divorcé, 4 enfants

Metteur en scène et acteur Co-créateur du Théâtre des Deux-Rives en 1971

Créateur de la Comédie Errante de Cléon en 1981

 

Délégué haut-normand du syndicat français des artistes (CGT du Spectacle)

 

  S' IL  ETAIT...  

·  Une couleur : le blanc

•  Une chanson:

« Le parapluie » de Brassens

. Un écrivain : Frédric Brown  (Martiens, Go Home,…)

Une personnalité contemporaine : peut-être mon chat (Nouchka)

•  Un personnage historique : le soldat inconnu

•  Un instant de la journée : le crépuscule

. Un âge : la maturité, 59 ans

U

 n drôle de petit monde à part. Eclairé de blanc et d'utopie.. J‘ai toujours été un révolté, mais dans l'humour; un rigolo... filtre un mercredi matin entre deux noirs italiens, Robert Villette, 59 ans, dans la chaleur hospitalière de sa demeure, à quelques centaines de mètres de l'hôtel de ville de Oissel. Tout à l'heure c'est soir de Générale (*) pour le metteur en scène de la Comédie errante mais Bob ("une habitude prise depuis mon premier cours d’anglais au lycée Sembat de Sotteville") et ses yeux bleus ne tremblent pas, d'abord fixés sur le même flambeau : « faire du théâtre là où il n’y  en  a  pas, faire partager le plaisir de dire, de restituer les choses » s'anime la chemise ivoire.

Un feu intérieur comme une bonne étoile pour le «septième enfant vivant » d'une ouvrière rouennaise pour laquelle il incarne en 1949 et à 46 ans le premier enfant avec un nouveau compagnon, qui décédera tout juste quelques années plus tard. De quoi nourrir une soif d'absolu chez l'orphelin ? En tout cas, l’exigence des choses simples et la furieuse envie d'explorer d'autres chemins. Dès Sembat, Little Bob monte sur les planches affûtant sa joie de dire sur du Goldoni et du Molière (« Le médecin volant »). Puis c'est le lycée des Bruyères, le bac philo et surtout... 68: « En septembre 67, on a fait une troupe au lycée, sans prof, autogérée et on préparait « Montserrat » d'Emmanuel Robles. "Finalement en mai on a fini par tourner dans les usines avec ça. Un truc affreux, une histoire de prise d’otages dans un pays révolutionnaire... » - raconte-t-il, canaille.

Le virus est pris, comme de violentes démangeaisons conduisant à tout brûler, société et planches !

«Anti-mariage» à 18 ans en 1968

Armé de ses cheveux longs, deux­chevaux et guitare, le voici gardien sur le port de Rouen la nuit et fou de théâtre le jour. Et chantre de l’anti le reste du temps... : en 1968, place de l'hôtel de ville à Rouen, il organise ce que la presse d’alors baptisera «  le premier mariage hippie », son « anti-mariage » qui lui permettra surtout de devenir majeur à 18 ans (et non à 21, l'âge légal). Le début d'une furieuse série : cérémonie d’anti-baptême en 1969) de sa première  fille puis de ses « anti-funérailles » en 1970 pour marquer son départ avec femme, enfant et Deudeuche pour les Indes. Mais, faute de caution à présenter à la frontière, les joyeux rêveurs n'atteindront jamais Goa, s’arrêtant tout de même plusieurs mois à Kaboul..

«Une démarche révolutionnaire»

Une folle jeunesse ponctuée par d'improbables idées fixes (il crée le prénom de ses quatre enfants - Kendahor, Iskarif,  Elistoé et Oraleï) et de belles galères (sans le sou, il fréquente souvent les grottes d'Orival, le pont Corneille, ou des « bouts de caravane »). Mais surtout par cette flamme qui lui fait refuser toute tentation d'installation. « Ce que j'ai toujours pressenti c'lest le piège d'avoir un salaire décent qui empêche alors d'engager une démarche artistique », tout en jurant n’être vraiment jamais "sorti de la galère". On est arrivé à un SMIC qu'au bout de 5, 6 ans et en travaillant 12 heures par jour. Mais on partait d'un théâtre qui n'était pas ouvert aux artistes pauvres » analyse-t-il.  Malgré tout si le boulot de road­ manager pour orchestre de bal (Le « Claude Robert « ) lui assure quelques arrières - c'est d'abord la richesse artistique que récolte à partir des années 70 son aventure personnelle. Parmi les pionniers des Bruyères, et au contraire de ceux qui choisissent  plutôt le théâtre de rue (création de « la Pie rouge »), il mise  sur celui à textes, et fonde en 1971 le « Théâtre des Deux-Rives. » avec notamment Alain Bézu. Première représentation avec...L’Etourdi de Molière, cinq actes en alexandrins ...Rien de révolutionnaire? «C'était la démarche qui était révolutionnaire. Implanter une scène comme ça en région, faire venir les scolaires, tenter d'offrir  cela au plus grand nombre » répète l'artiste. Plus trente-cinq ans plus tard, après avoir créé sa propre compagnie (La comédie errante, en 1981), accompagné ou formé une pléïade d'illustres comédiens (Agnès Dewitte, Olivier Saladin, Philippe Torreton, Bruno Putzulu,... ), conceptualisé un autre rapport du comédien avec son public, continué à défricher les nouveaux publics tout en offrant des créations, que reste-il de  l’utopie. Sourire : « Le public s'est élargi. Le peu que l'on gagne est réconfortant » . Grimace :. Mais par rapport à notre désir d'art populaire qui touche toute la population, vu l’immensité de la tâche, le résultat est terrifiant ». Sourire : « Il y a quelque chose dans tout cela de désespérant mais pas de décourageant ».

Alors jouer, jouez, jouons. De ce petit monde à part, de cette vie drôle, de cette petite ville intérieure. Que l’on nomme paraît-il Villette dans les univers blancs.

THIERRY   DELACOURT                                           Liberté Dimanche           12/10/2008                                                            

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