Au fil de cette page de libre expression, Agglomag ouvre

ses colonnes aux acteurs culturels de l'agglomération.        vue d'artistes...

 

Bob  VILLETTE       

 

  PARCOURS

Déjà en naissant à Rouen, j’avais toutes les chances qu’on me regarde comme un « enfant du pays ».

En poussant mon premier cri de bébé, près du Jardin des Plantes, j’ai été définitivement condamné à n’être qu’un « natif du quartier Trianon » et, à apprendre mon alphabet et mes tables de multiplication à l’école Charles Nicolle. Aussi, le petit autochtone que j’étais, s’est mis à rêver de s’expatrier loin, très loin de Rouen… Peut-être même à Sotteville (hé ! j’avais dix ans), au lycée, pour y apprendre l’algèbre et les nombres imaginaires… Là encore, je compris vite que j’étais et serai toujours l’aborigène, le naturel du secteur, le 100% pur souche… Il a donc fallu grandir, me marier et partir habiter encore plus loin, aux fins fonds de la civilisation… à Grand-Quevilly… Mais rien n’y fit, même là-bas, je restais le régional de l’étape…

Alors, en 1970, par fidélité à Brassens et pour ne plus être un de ces « imbéciles heureux qui sont nés quelque part », je suis parti pour une autre planète : à Kaboul…

Enfin, là-bas, je n’étais plus le pur produit du pot de chambre de la Normandie, le brut de pomme, l’estampillé de la ville aux cent clochers, j’étais AUTRE PART, j’étais l’étranger, le voyageur, l’aventurier, celui de l’autre continent, celui qui découvre, qui apprend … mais qui apprend quoi ? Quelle connaissance ?...

D’abord quelques us, quelques coutumes différents, quelques montagnes plus jaunes et plus dures à gravir que la côte Sainte Catherine… Mais au-delà de ces apparences, la découverte d’hommes, de femmes avec leur quotidien et, nichées au fond de leur tête, leurs questions existentielles. Curieusement malgré les milliers de kilomètres qui nous séparaient, c’étaient ces mêmes questions qui traînaient au fond de moi, les mêmes que se posaient Madame Bavé, la directrice de l’école Charles Nicolle et le gars Ahmed qui passait le samedi, vendre ses légumes, avec son âne et sa charrette, dans la rue Max Duret du quartier Trianon…

C’était décidé… Demi tour, en route pour le Jardin des Plantes et son marchand de glaces à la porte d’entrée, en route pour son kiosque à bonbons près du toboggan.  S’il y avait des réponses aux questions, c’est sûrement là qu’elles se trouvaient…

Et depuis je cherche… Je cherche à comprendre… Au moins un peu…

Je cherche, en me promenant, loin du Mont Ararat, sur les quais d’Oissel où quand le soleil donne depuis la Seine et le pont de Tourville, je reste ébahi par tant de beauté tranquille et apaisante.

Je cherche, dans le noir des salles de spectacle, en travaillant les textes de ceux qui, depuis l’Antiquité,  se faufilent dans les méandres de l’âme, la complexité des relations humaines, la difficulté des rapports sociaux.

Je cherche, avec des comédiens, des comédiennes qui s’interrogent eux aussi sur les différents modes de relation possibles entre acteurs et spectateurs au sein des salles obscures…

Entre nous, c’est parfois difficile de s’enfermer chaque jour pour travailler dans le noir, quand dehors le soleil brille… Par chance, dans mon quartier il fait souvent un temps à aller travailler… Je plaisante, bien sûr… Mon quartier c’est un quartier où il pleut juste ce qu’il faut pour les plantes, où le soleil brille juste ce qu’il faut pour raviver les sourires… D’ailleurs, je vivrais mal dans un quartier où la chaleur vous enfonce les épaules dans le sol et où l’idée même d’aller en répétition vous semble  insupportable.

Je cherche avec  les autres passionnés du spectacle vivant, des solutions, pour qu’ici, autant qu’ailleurs, les acteurs et les spectateurs continuent à se rencontrer pour le plaisir de partager quelques émotions, quelques réflexions… peut-être pas pour refaire le monde… mais …

Bob VILLETTE

 

 

Né à Rouen près du Jardin des Plantes au lendemain de la Libération, Bob Villette est un enfant des quartiers.

1965/1970 Théâtre au lycée et Conservatoire de Rouen.

En 1970 il s'absente quelques mois pour aller (en 2 CV), vivre à Kaboul. A son retour il  participe à la création du Théâtre des Deux Rives dont il deviendra comédien permanent jusqu'en 1981.

 

Depuis 1982 où il crée la Comédie Errante, il réalise une cinquantaine de mises en scènes, joue en tant qu'acteur dans une trentaine de pièces et tourne pour la télévision six téléfilms.

De 1967 à aujourd'hui, il se passionne pour le travail d'acteur et sa transmission, au travers d'ateliers de recherche où sont formés de nombreux comédiens.

 

Bob Villette est aussi une figure de la vie syndicale culturelle, engagé depuis 30 ans dans les luttes sociales, par ses responsabilités au Fnas à Paris  (Comité d'entreprise national)depuis 1977 au S F A (Syndicat  français des artistes).

 

 

 
 

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