P R E S S E

 
 

COULEUR DE CERNE      ET DE LILAS

   
 


JOURNAL D’ELBEUF

31/03/00

 « COULEUR DE CERNE

ET DE LILAS »

Une heureuse création

Soirée de pur bonheur, mardi soir à la Traverse de Cléon. On la doit à Bob Villette et au talent des comédiens de sa Comédie-Errante. On la doit aussi à l’auteur de la pièce, Yoland (sans « e », c’est un homme) Simon. On la doit enfin à la magie subtile et toute simple du texte, de la mise en scène et du jeu des acteurs.

Parlons-en de ce jeu. Pas de ton ni d’effet déclamatoire qui sent trop souvent l’artificiel. Juste une conversation, celle du quotidien, entre les interprètes que le public partage jusqu’à avoir la sensation de pouvoir entrer dedans à tout moment, c’est dire que l’échange complice et chaleureux entre scène et salle se fait instantanément et n’est jamais rompu. Les rires heureux fusent jusqu’à la fin qui…

L’auteur, Yoland Simon, originaire du Cap de la Hague, connaît bien sa Normandie. Auteur de nombreuses pièces, il a tout de suite proposé sa toute nouvelle pièce « Couleur de cerne et de lilas » à Bob Villette qui a craqué et on le comprend.

L’action se situe dans la Normandie profonde du Cotentin en 1954 – ce pourrait-être aussi le pays de Caux ou tout autre endroit de France rurale. 1954, c’est la fin de l’après guerre, c’est aussi la guerre d’Indochine avec l’inévitable pâtée prise à Dien Bien Phu et Mendès-France, alors Président du conseil qui met un terme à la tuerie en signant enfin la paix. C’est aussi l’époque de la montée de Bourvil, des ravages de la tuberculose encore quasi insoignable. C’est également la fin d’un monde rural, l’arrivée obligée des tracteurs et des emprunts aux banques qui vont ruiner les petits agriculteurs.

Trois femmes, la mère, ses deux filles (Agnès Dewitte, Catherine Cazorla et Valérie Thoumire, fascinantes de naturel) et un commis moins idiot qu’il en l’air (superbement joué par Bob Villette, aussi metteur en scène de la pièce) vivent dans la ferme de la Chesnaie. Passe régulièrement un ami (excellent Stéphan Jones) à la fois coincé pour trop traîner derrière la soutane du curé, mais annonçant quand-même une certaine ouverture vers le monde à venir. Car chacun dans cette ferme suit son monde intérieur sans que l’on tombe pour autant dans les lourdeurs de l’incommunicabilité. La mère totalement déjantée ne pense qu’à sa troisième fille qui est en « sana » pour tuberculose- à l’époque, on disait tubard et c’était  condamnatoire socialement- les deux filles se débattent avec la ferme et le commis pense à faire « le Bourvil » pour la fête paroissiale.

De courtes scènes en courtes scènes où chacun suit son monde intérieur sur fond d’événements internationaux, on entre sans difficulté dans cette histoire apparemment  décousue, mais fort bien construite et dont on ne perd jamais le fil, ni le rire qui cache la tragédie d’un changement d’époque et de style de vie. Sauf à l’extrême fin où par une lettre et un télégramme, on comprend que la « tubarde » est morte et sent que les fermes telles qu’elles étaient sont condamnées. Mais tout est bref et plein de tendresse délicate. Pas le temps de pleurer. La lumière s’éteint pour laisser place aux applaudissements avec au moins huit ou neuf rappels prouvant combien l’audience était enchantée et comblée par ce spectacle tout en finesse.

   
   

PARIS NORMANDIE

31/03/00

COULEUR DE CERNE

ET DE LILAS

UNE PIECE DROLE ET TOUCHANTE 

La Comédie Errante présentait, mardi soir, à la Traverse, sa dernière pièce « Couleur de cerne et de lilas » de Yoland Simon.

L’histoire se situe au Cap de la Hague, en juillet 1954, où Mme Mathilde (Agnès Dewitte) et ses deux filles, Béatrice et Bérengère (Catherine Cazorla et Valérie Thoumire) s’occupent de leur ferme, aidées par le commis Martin (Bob Villette) et un ami Jean (Stéphan Jones).

La vie quotidienne pourrait se dérouler dans la gaieté mais c’est dur d’aller bien quand on va mal, comme l’explique Mathilde. L’absence de Pauline, la fille parfaite partie au sanatorium, se fait cruellement ressentir. On manque de bras, il n’y a pas d’argent pour moderniser.

C’est Martin qui amène la bonne humeur. Un peu simplet (son plaisir est de monter sur le cochon du manège), ses réflexions redonnent le sourire aux membres de la famille. Mais en fin de compte, même si l’on rit beaucoup, c’est la fatigue et la tristesse qui règnent en attendant des jours meilleurs.

Le personnage de Martin est, vraiment extraordinaire, drôle et touchant. Bob Villette se fait plaisir en jouant Martin et cela se ressent sur scène. Ce rôle, qui lui va comme un gant, selon les fidèles de la Comédie Errante, semble écrit pour lui. 

 
 

OISSEL ACTUALITES

10/03/00

C’est un texte hors normes et une pièce à la structure audacieuse qu’ont pu découvrir les spectateurs de l’espace Aragon. Une pièce à la fois drôle et tragique, légère et pesante. Devant les personnages mais également à leurs côtés, le public n’y fait qu’attendre. Il attend en s’amusant et en riant de bon cœur aux facéties des uns et des autres. Mais il attend une fin qu’il devine tragique, d’où un sentiment confus de malaise.

L’interprétation de Bob Villette, Catherine Cazorla, Agnès Dewitte, Stéphan Jones et Valérie Thoumire a ravi le public venu nombreux. Quant au texte, il n’a pas laissé indifférent, comme en ont témoigné les diverses remarques adressées à Bob Villette : « Ces remarques ont différé d’un soir sur l’autre. Certains spectateurs du premier soir ont semblé déroutés tant par le vocabulaire utilisé, propre aux années 50, que par la structure même de la pièce. En effet, c’est une pièce sans montée dramatique, contrairement à certains schémas plus traditionnels. » A l’écoute des remarques entendues après la première représentation, Bob Villette a apporté quelques petites modifications au texte de Yoland Simon, avec l’aval de celui-ci bien sûr.

D’autres réactions ont particulièrement réjouit Bob Villette, comme celle de Yoland Simon qui n’a pas caché sa satisfaction, ou celle d’un spectateur qui lui a  affirmé s’être senti « proche » des comédiens. Cette "proximité » entre la scène et la salle est ce que je cherche à atteindre depuis toujours. Alors quand j’entends des remarques comme celle-ci, cela me touche forcément. »

A force de toucher le public par ses textes, mises en scènes, ou interprétations, il devait bien s’attendre à être touché à son tour…

   

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