Danger... Public... 2007

de  Frédéric  SABROU

 

mise en scène      Bob VILLETTE

 avec : 

Catherine  CAZORLA,   Agnès  DEWITTE,

 Alexandre FOURNIER,  Stéphan JONES   et    Bob  VILLETTE

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  DANGER...  PUBLIC...

                    

Si j’avais très envie pour cette saison de mettre en scène une pièce du répertoire contemporain, j’avais aussi très envie de parler du rapport qu’entretient le THEATRE avec le monde d’aujourd’hui, voire même avec les questions dites « d’actualité »…

 

La lecture du texte de Frédéric SABROU a brutalement résonné en moi comme le son de l’évidence : il est indispensable de porter à la scène cette parole d’aujourd’hui et ceci,  au plus tôt…

 

« Danger… public »

Une pièce sur le monde du théâtre face à la montée de l'extrême droite ?

Une pièce sur la responsabilité de l’artiste et sur son engagement ?

Une pièce sur…

L’auteur lui-même, répond dans une rencontre avec Gilles Costaz :

 « Je me suis souvenu des problèmes qui ont surgi à Châteauvallon et à Toulon, raconte SABROU. J'imaginais des confrontations de personnages. Puis j'ai lu dans un journal ce qui était survenu à Michel Vinaver : le Front national voyait dans son théâtre des valeurs « nationales » et le revendiquait comme un auteur représentant la France rêvée par ce mouvement. La situation était cruelle, puisque Vinaver est aux antipodes du FN et a réagi violemment. Mais je me suis mis un peu à sa place et j'ai voulu mettre cette situation au théâtre. J'ai eu l'idée d'une équipe confrontée au problème d'accepter ou de refuser un public présumé d'extrême droite une heure avant le lever du rideau. Et d'une pièce dans le respect des trois unités, avec ce qu'on appelle dans le langage du cinéma un time-lock, une lutte contre le temps. Avec une palette de personnages ayant chacun des points de vue différents, j'ai entrepris de construire cette " pièce coulissante " ».

 

Les personnages de Danger... public sont apparus rapidement : « J'ai donc fait vivre trois comédiens et un auteur/metteur en scène qui participe à la production du spectacle. Je les ai mis dans une bouilloire. J'ai hésité à mettre un personnage noir ou arabe. Finalement, j'ai introduit un régisseur arabe mais il exprime sa condition. Je voulais que les personnages principaux s'impliquent dans ce conflit sans être touchés eux-mêmes par le racisme. Je ne tiens pas à débattre de grands thèmes mais à mettre les personnages face à leur pseudo-conscience politique, à leurs limites et à leurs contradictions ».

 

L'écriture a été difficile. « J'étais tout le temps sur le fil. Il ne fallait pas asséner de messages, il fallait poser les bonnes questions sans apporter de mauvaises réponses. J'ai affronté des problèmes redoutables, je suis parti sur la fausse piste de situations affectives. J'avais développé le conflit du couple Hélène-Serge, mais cette scène de ménage débordait sur les autres scènes. J'ai supprimé toute une deuxième partie, j'ai recentré sur l'interrogation : doit-on jouer ou ne pas jouer ? Cette question en entraîne une autre : y a-t-il une éthique du comédien ? »

 

 

Le sujet est brûlant et concerne tous ceux qui touchent de près ou de loin aux professions du spectacle. Dès que Sabrou en parle autour de lui, les gens se passionnent et prennent position…

En enlevant les actions secondaires pour rester sur ce volcan central, Sabrou a rendu plus évident l'enjeu de sa pièce: « La grande question, posée de façon ironique, c'est l'engagement. L'engagement ne change pas nécessairement la face du monde et peut être illusoire. Surtout, quel prix est-on prêt à payer pour son engagement ? Hélène pose cette question.

 

J'admire les gens militants et je prends part à des manifestations. Mais le vrai prix à payer est essentiel. Va-t-on aller jusqu'à perdre son travail et se retrouver à l'ANPE ? Mes personnages, eux, cèdent tous. »

Cela renvoie à des problèmes plus généraux et, en tout cas, à la place de l'acteur dans notre société : « J'ai failli titrer : les comédiens ont-ils leur mot à dire ? Ce sont des personnages publics qui ont pris une importance considérable. On leur attribue la pièce ou le film où ils jouent. À la télévision, les réalisateurs et les scénaristes n'existent pas. On ne les invite pas, surtout pas les scénaristes. Les acteurs sont en première ligne, de façon un peu injuste. »

 

La pièce de Frédéric Sabrou ne s'achève pas tout à fait. A-t-il hésité entre plusieurs formes de conclusion ? « Si les comédiens ne jouent pas, est-ce que c'est si grave ? dit l'auteur. Le public peut repartir pour aller au restaurant ou au cinéma. Et ces trois cent cinquante personnes sont-elles vraiment des partisans du FN ? On ne le saura pas. Il y avait deux fins possibles. Ou les acteurs ne jouent pas, et c'est politiquement correct. Ou ils jouent, et cela ferme le débat. Le plus intéressant est de laisser ouvert et de poser la question à chacun : qu'est-ce que vous feriez vous, à leur place ? »…

 

Mais, à laisser le message ouvert, à déchiffrer par chacun, l'oeuvre ne perd-elle pas sa force de frappe politique ? « Il faut bien comprendre que ce n'est pas une pièce sur Le Pen et le Front national, répond Sabrou. Elle pourrait se passer partout en Europe. Il y a une montée des nationalismes en Occident, qui est très inquiétante. La pièce n'est pas contre Le Pen, mais contre cette résurgence des nationalismes. »…

 

« Pourquoi un auteur aurait-il une pensée à exprimer ?

Dans la pièce, Serge dit : "Des messages, je n'en laisse que sur les répondeurs". Puis il précise qu'il n'est qu'un raconteur d'histoires, qu'il veut montrer et non pas démontrer. Ce n'est pas tout à fait ce que je pense. Pour moi, l'auteur doit trouver, pour sa pièce, une bonne situation. S'il a aussi une bonne histoire, tant mieux. Si la situation s'inscrit dans un thème, tant mieux. Un auteur est un artisan fabriquant un objet qui fonctionne. Il résout des problèmes techniques. S'il y a un thème, celui-ci nourrit la situation sans que ce soit une pièce sur ce thème. La tendance à demander: c'est sur quoi ? m'irrite. Ce "quoi ?" n'est pas nécessairement l'objet de la pièce. »     G.Costaz

 

Frédéric SABROU détient une « vraie parole » d’aujourd’hui, et, dans son fond et, dans sa forme…

La mise en scène de ce texte devra permettre d’établir entre l’acteur et le spectateur « le courant », cette forme particulière de l’émotion que seul le spectacle vivant peut établir dans un même lieu, dans un même temps, celui de la représentation théâtrale.  

 

P   R   E   S   S   E 

version   2005 / 2006

  

 

LE JOURNAL D'ELBEUF

CLÉON - LA COMÉDIE ERRANTE À LA TRAVERSE

 Jouer ou ne pas jouer... trouvez votre réponse

Avec Bob Villette et sa compagnie, on ne voit jamais le temps passer. La qualité du jeu et du choix des spectacles sont assurés. Donc, pas de changement, vendredi soir avec la nouvelle pièce, « Danger... public », une oeuvre de Frédéric Sabrou. Le bonheur était aussi bien dans la salle que sur scène.

Le thème est on ne peut plus à l'ordre du jour. Que faire quand on se trouve récupéré sans savoir pourquoi par le Front national ? Jouer ? Ne pas jouer pour un public d'extrême droite ? Grave dilemme joué et traité avec finesse. Ne pas attendre de réponses tranchantes ni de leçons de morale ou de pathos politique. Au public de trouver sa ou ses voies s'il le peut dans un monde où tout n'est plus tout blanc ni tout noir. Le texte, comme le jeu des comédiens évitent les clichés, les répliques mélangent humour, ironie au sérieux du propos. Le tout avec légèreté même quand les deux comédiennes, jouées par Agnès Dewitte et Catherine Cazorla, s'obstinent dans la rigidité d'un non catégorique qui finit par ressembler à l'intransigeance du public qui leur répugne. En fait, pendant cet affrontement, cette décision à prendre avant le lever du rideau, chacun des protagonistes, de l'auteur metteur en scène (interprété tout en nuance par Bob Villette) aux acteurs,  au régisseur arabe , tous excellents, se trouvent confrontés à l'éternelle question du rôle du comédien donc du théâtre, de l'art dans la société. Entre temps on a droit à des répliques délicieuses quand chacun cherche ce qui a bien pu, dans la pièce qu'ils doivent jouer "Le jardin des regrets », déclencher l'enthousiasme du FN. Et si c'était « tous ces nuages, ils feraient bien de retourner d'où ils viennent... C'est peut-être des nuages immigrés ? » ou encore : « Nous voilà devenus des enfants de Pétain » «Cette pièce est sur la nostalgie... la nostalgie, c'est un peu une critique des déviations modernes, non ? » L'auteur metteur en scène, pas heureux d'être récupéré, mais devant faire face à des problèmes financiers se montre à la fois philosophe et manipulateur finaud : « Si on ne joue pas, ils ne se remettront pas en question, ils iront au cinéma. Ils enrichiront Hollywood... » Même quand l'un des comédiens dit : « on ne va pas faire de la ségrégation, on leur ressemblerait », aucune solution n'est imposée. Le texte comme le jeu de la troupe laisse au spectateur le soin de se questionner et bien malin qui trouvera une réponse définitive. Seule certitude, nous avons eu droit à un beau spectacle. Les nombreux rappels l'ont prouvé. Bravo à tous et comme « Danger... public » ne va pas manquer de tourner dans la région et souhaitons le, plus loin, il nous reste un espoir, que la troupe revienne sur une scène de l'agglo pour retourner nous régaler du grand talent de chacun et de l'auteur. Il est des spectacles qu'il faut voir plusieurs fois pour en savourer toutes les subtilités. Celui-ci en fait partie.

Andréa TURQUETIT 

   
 

Oissel Hebdo

«Vive le théâtre»,

s'exclame un vieux mon­sieur alors que Frédéric Sabrou, l'auteur de la pièce, rejoint les spectateurs au premier étage de l'Espace Aragon. «Danger... Public» vient d'être joué par la Comédie Errante, pour la deuxième fois, ce dimanche après-midi. Un sujet d'actualité, «avec des situations que nous avons vécues ma femme et moi», raconte Frédéric Sabrou. L'histoire d'une petite troupe de théâtre, comme il en existe de nombreuses, qui vivote, avec beaucoup de certitudes, d'interroga­tions et peu, très peu de moyens financiers. Un soir, elle se trouve confrontée à une salle pleine de spectateurs... d'extrême droite qui ont lu une bonne critique de leur pièce dans un hebdomadaire nationaliste. Doit-on jouer ? Les comédiens sont partagés entre leurs convictions humanistes et leurs besoins matérialistes.

Boris : «En plus, j'ai pas mes 507 heures pour les Assedic».

L'une d'elles, Julie, a même cru apercevoir ses parents dans la salle, avec lesquels elle est fâchée, depuis cinq ans, car elle voulait deve­nir comédienne.

Si le sujet est grave, «Danger... Public» est une comédie qui mêle situations scabreuses, sérieuses et amusantes. L'auteur est un spé­cialiste du genre : «j'écris sans arrêt, des piè­ces, des histoires pour enfants, des sitcoms pour adolescents, des scénarios pour la série «Père et maire», diffusée sur France 2. sont des manières d'écrire très différentes les unes des autres mais si certaines sont très contraignantes, notamment pour la télé, elles sont aussi très enrichissantes.» Frédéric Sabrou semble enchanté de l'interprétation des comédiens. «Je retrouve mon texte qui est ici mis en valeur. Bob Villette a parfaitement compris le sens de cette pièce. » «Danger... Public» est actuellement joué par d'autres comédiens, à Paris et y remporte un vif succès, plus de 250 représentations, et une bonne critique : «Un texte rare, à ne rater sous aucun prétexte», écrit Zurban, «Une réflexion individuelle qui dépasse le cadre du théâtre», France 3. Le public de l'Espace Aragon, parmi lequel Roger Lefebvre, adjoint aux affaires culturel­les, et de nombreux élus, est enchanté par la prestation de Bob Villette, d'Agnès Dewitte, de Catherine Cazorla, et d'Alexandre Fournier. Il sera debout pour les applaudir lors du salut de la première.

La Comédie Errante jouera «Danger... Public» les 29 et 30 octobre à la fête de l'Humanité, au parc des expositions de Rouen et le 5 novembre à Cléon. Pour tout renseignement : 02 35 78 05 75.

 

   

PARIS NORMANDIE

Une réflexion salutaire

face à l'extrême-droite

 

Un sujet difficile traité avec humour et fantaisie par Bob Villette et les comédiens de la Comédie errante

Un public nombreux est venu à La Traverse assister à la représentation de «Danger... Public ». Une pièce de Frédéric Sabrou, mise en scène par Bob Villette et interprété par la troupe de la Comédie errante.

Les comédiens Catherine Cazorla, Agnès Dewitte, Alexandre Fournier, Bob Villette ... ont mis tout leur talent pour évoquer un sujet grave, la responsabilité de l'artiste et son engage­ment vis-à-vis de la société.

« Danger... Public... » c'est l'histoire d'un groupe d'acteurs qui se retrouvent devant un choix terrible, jouer devant un public composé principalement de spectateurs d'extrême-droite. Difficile, d'autant que la salle s'annonce remplie comme jamais.

Un cruel dilemme pour les artistes, mais traité avec une légèreté de mise en scène et de jeu, qui servent avec talent un texte qui lui soulève bien des interrogations. Des interrogations, des doutes, des questions et des remises en cause traitées avec humour et fantaisie pour donner plus de force à la réflexion, une réflexion salutaire.

 
       
 
 

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